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J’ai rencontré Alexandra Côté-Durrer pour la première fois sur Zoom, un jeudi après-midi. Après nous être connecté, un bref échange d’un geste de bienvenue, et moi qui me débat avec mes écouteurs, je me retourne vers mon écran pour y être accueillie par un sourire radieux. Comme elle est encadrée de chaque côté d’une épaisse couverture de neige visible à travers des fenêtres cernées de bois, je suis automatiquement rappelée qu’au Québec, au moins, l’hiver bat son plein (ce qui n’est pas immédiatement apparent par les températures étrangement douces de Londres, en Angleterre).
Alexandra, ou simplement Alex, a 27 ans et a grandi enfant unique dans une famille monoparentale au « milieu de nulle part », endroit autrement connu sous le nom de Port Elgin, en Ontario. Elle porte un large chandail d’un blanc cassé et une tuque beige couvrant ses longs cheveux châtain clair tombant hors du cadre de l’écran. Elle semble plutôt à l’aise à l’idée de partager son histoire; un roman d’apprentissage moderne traitant d’un côté de la prise de conscience et de l’acceptation d’une condition marquée par plusieurs troubles de santé mentale, et de l’autre, une histoire riche dans laquelle la course en sentier joue un rôle central.

Photographe de sports d’aventure professionnelle, Alex a parcouru un long chemin pour se rendre où elle est aujourd’hui… D’une enfance marquée par de l’anxiété, de multiples diagnostics liés à sa santé mentale et du temps passé à l’hôpital sous « surveillance suicide », pour devenir une entrepreneure accomplie, fondatrice récente d’un club de course (@brainrunclub) et une porte-parole des bénéfices de la course en sentier pour les personnes souffrant de troubles de santé mentale (tout autant que pour ceux qui n’en souffrent pas) afin de vivre pleinement une vie plus indépendante et en paix.

Voici l’histoire d’Alex, dans ses propres mots.
Cette entrevue a été éditée et condensée.

J’ai grandi en Ontario. Je suis une enfant unique, et j’ai toujours eu des difficultés reliées à ma santé mentale. C’était vraiment difficile pour moi de comprendre ce qu’il se passait dans ma tête – surtout que j’ai grandi dans un milieu où les adultes ne sont pas trop familiers avec les questions de santé mentale. Sans compter qu’il y a aussi la question du stigma social.
je ne comprenais pas vraiment les émotions qui m’habitaient. je ne comprenais pas non plus pourquoi je n’étais jamais heureuse.
Je me demandais pourquoi j’étais toujours anxieuse, pourquoi est-ce que j’avais toujours cette crainte de sortir en public, pourquoi ci et ça. Ce n’est qu’à partir de l’adolescence que j’ai pu commencer à comprendre ma condition avec un diagnostic d’anxiété généralisée et sociale. Ce n’était toutefois que le début; il y en aurait d’autres.
L’anxiété généralisée, pour moi, c’est comme de souffrir d’anxiété pour à peu près n’importe quoi – et ce n’est pas qu’une question de stress. C’est aussi une question de craindre tout et n’importe quoi. Je pouvais par exemple être sur le point de terminer un bouquin et ne pas lire le dernier chapitre, et ça pouvait me causer de l’anxiété ou même une attaque de panique simplement parce que, « oh mon dieu, je n’ai pas terminé le dernier chapitre. » L’anxiété sociale, de l’autre côté, a trait à toutes nos interactions sociales. Le simple fait de sortir en public – d’aller au supermarché par exemple – peut devenir vraiment difficile voire accablant pour moi. J’entre dans ce mode de pensée, cet espace mental dans lequel je n’arrive pas à réfléchir ou à fonctionner.

Une fois que j’ai eu ces diagnostics, j’ai finalement pu commencer à comprendre pourquoi je faisais certaines choses d’une certaine façon, et ça m’a vraiment permis de m’ouvrir à ma réalité. Je restais toutefois confuse à propos de certaines choses. J’essayais de comprendre pourquoi je n’arrivais pas à ressentir le bonheur. Je me demandais souvent ce qu’était réellement ce bonheur par exemple. Et c’est là que j’ai reçu un autre diagnostic, cette fois de dépression chronique. Il s’agit d’un trouble avec lequel on peut naitre, mais ça peut aussi se développer plus tard dans la vie. Nous en avons conclu que j’étais probablement née avec cette condition.

Il y a à peu près six ans, des suites d’une expérience traumatique, j’ai aussi été diagnostiquée d’un trouble de stress post-traumatique (PTSD). Pour moi, le PTSD c’est ce sentiment d’anxiété chronique qui fait en sorte que parfois, les émotions sont tellement intenses que mon cerveau revit des épisodes traumatiques que j’ai vécus dans le passé. Ça peut déclencher une réaction de lutte ou de fuite par laquelle je peux parfois être complètement paralysée, ou encore mon corps peut se mettre à avoir des convulsions physiques. Des situations qui me causent une sérieuse frousse me laisseront complètement terrorisée.

Bien que le chemin parcouru avec ces multiples diagnostics ait été parsemé d’embuches, tout ça m’a permis de mieux me comprendre. J’ai pu mettre des mots sur mes sentiments et ma condition, et me dire « Okay, bon, maintenant que je sais ce qu’il se passe, quels sont les outils que je peux utiliser pour aller mieux? » La course a été l’un de ces moyens.
Au début de la vingtaine, j’ai été admise dans un hôpital psychiatrique où j’ai pu avoir accès à des services qui m’aideraient à vivre avec mes divers diagnostics. Pendant que j’y étais, j’ai participé à une thérapie de groupe dans laquelle, lors de l’une des sessions, les bienfaits de la course à pied – la « meilleure forme de thérapie » selon eux – étaient évoqués. Mais, à ce moment, j’avais peur de simplement sortir dehors. Je ne pouvais pas faire un pâté de maison que ça me rattrapait.

Je me souviens du moment auquel mon docteur m’a demandé – parce qu’il savait que j’aimais bouger, que je courrais par intermittence depuis l’enfance, et que je devais faire quelque chose – « Alex, as-tu considéré la course à pied? Tu sais, même si tu ne sors que pour cinq minutes, ça fera une différence. » Et c’est à partir de ce moment que j’ai décidé de me mettre à la course, et que j’ai eu ce déclic dans ma tête. Alors, à ma sortie de l’hôpital, j’ai commencé à sortir courir avec des groupes de course. Le simple fait de courir vite faisait en sorte que je ne voyais pas vraiment les gens passer, et ça m’a grandement aidé à réduire mon anxiété sociale. Ça m’a aidé à devenir plus résiliente lorsque je visitais la ville, et je me suis même surprise à aimer ça!

Ensuite, il y a évidemment toute la place qu’occupe la nature dans tout ça. Je me souviens de la première fois où j’ai couru en sentier. Je m’étais acheté une paire de chaussures de trail dans un petit café-boutique de sports tenu par des ami.e.s, ici au Québec. Je m’étais ensuite dirigée à la montagne pour y emprunter un sentier pour débutants avec mon chien. Il avait 11-12 ans à l’époque, et courrait derrière mois. Je n’avais pas de montre de course ou de système de localisation GPS. Je me souviens simplement d’être en train de courir, et d’aimer ça. Je me suis dit « ha, j’ai probablement couru quelque chose comme 10km! » J’ai ensuite regardé la carte des sentiers pour réaliser le 3km qu’elle affichait pour celui-ci… C’est alors que j’ai réalisé que « ouais okay, c’est bien plaisant tout ça, mais c’est aussi plutôt difficile! » J’ai toutefois apprécié que ça n’ait pas été facile, parce que ce genre de défis me sortait de ma zone de confort, des défis auxquels j’étais habituée qui demandaient de constamment résister aux troubles dans ma tête. Ça m’a donné un sentiment de réussite face à ces difficultés d’ailleurs, d’avoir été capable de sortir dehors pour avoir une séance de 45 minutes avec moi-même, sans penser à mon anxiété. C’est à ce moment que j’ai réalisé la place que la course en sentier pourrait occuper dans ma vie.
Ces jours-ci, la course en sentier est vraiment mon sport.
c’est la course en sentier qui m’a permis de faire la paix avec mon anxiété.
Dans un sens, c’est particulier parce plusieurs personnes me disent (parce que j’ai déjà couru des ultras) : « c’est drôle que tu ne sois pas anxieuse quand tu cours un ultra, toute seule dans la forêt. » Mais en fait, j’adore ça parce que je suis sur les sentiers, je ne pense pas à mon anxiété, mais plutôt à ce qu’il se passe dans mon corps; par exemple la douleur dans mes jambes. Ça me permet de me relâcher face à mon anxiété, justement. La course en sentier est vraiment un sport génial.

Je me souviens, alors que j’étais en thérapie, que ce qui fonctionnait bien pour moi, c’était la méditation visuelle. Maintenant, j’utilise ça aussi lorsque je cours. Je peux par exemple porter mon attention au bout du sentier devant moi, et me concentrer sur mon mouvement et ma respiration. Ça, ou simplement de me rendre au sommet d’une montagne, et d’y prendre cinq minutes pour me concentrer sur le paysage et ma respiration. Peu importe que j’aie une bonne ou une mauvaise sortie de course, je ressens toujours ce moment de clarté lors duquel je peux simplement apprécier le moment, ce qu’il se passe autour de moi, et mes propres sentiments. Honnêtement, c’est vraiment un sentiment puissant et émancipant. Tout au long de ma vie, j’ai rencontré des difficultés à séparer les pensées négatives dans ma tête de mon être propre, mais quand je cours, de ressentir cette clarté, c’est vraiment génial.
J’apprécie aussi que la course soit un sport inclusif. Je n’ai pas beaucoup d’argent – je suis indépendante depuis que j’ai environ 16 ans – et beaucoup de mon argent doit aller à de la thérapie et des médicaments. Je devais donc me trouver une activité qui serait plus accessible côté financier. Avec la course, on n’a besoin que d’une paire de chaussures et c’est parti. Même si je n’avais pas de chaussures, je pourrais courir pieds nus si je le voulais vraiment.

Chaque fois que je sors courir, c’est une expérience différente. Il y a ces moments où je vais simplement aller faire la boucle de 5-7km habituelle parce que je suis fatiguée. Mais je ressens toujours le même genre de sentiments.
comme s’il n’y avait rien, que tout s’alignait et faisait sens.
Je suis concentrée sur mon mouvement, mais je regarde aussi autour de moi, et j’écoute la nature ou mon chien Alo qui court près de moi. Quand je cours, je suis dans le moment présent.
Bien que je sois toujours en apprentissage de ce qu’est le bonheur – et de ne pas savoir si demain sera une bonne ou une mauvaise journée est toujours difficile – quand les gens me demandent si les choses s’améliorent, je leur dis que oui, vraiment. Les symptômes et autres difficultés seront toujours là, mais on apprend à vivre avec, et à devenir plus résilients. Avec le temps, le poids devient de plus en plus supportable. C’est ce que la course a fait pour moi, et c’est comme ça que j’ai appris à surmonter les embuches, tout en découvrant ma passion.

Plus tôt cette année, j’ai décidé de commencer une initiative appelée Brain Run Club, un club de course doublé d’un mouvement créé pour conscientiser les gens par la course à pied. Parce que je suis une coureuse et parce que j’aime la course, je crois que nous pouvons connecter par ce sport et inspirer, et que nous pouvons tous ensemble nous entraider à nous libérer de notre stress et de notre anxiété. Pour moi, c’est une question de prendre mon amour de la course et de la nature, et d’utiliser ça pour rendre plus visible la cause de la santé mentale et conscientiser la population.

Je crois que le temps est bon pour réellement parler de santé mentale, et éduquer les gens à cet effet. Mon objectif est de pouvoir connecter avec des coureurs à travers l’Amérique du Nord, et de pouvoir démonter une bonne fois pour toute le stigma social qui existe autour de la santé mentale.

Pour des ressources pour vivre avec des troubles de santé mentale : CMHA.

Suivez Alex. Pour en savoir plus sur Brain Run Club, Quebec, @brainrunclub.
à propos de l'auteur.e
danielle mustarde est une coureuse sociale, une autrice primée et manager de la boutique @magculture de londres. suivez-la sur instagram @wordsbydanielle (elle n’est pas sur facebook ou twitter, mais continue d’exister malgré tout!).
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