notre partenaire à but non lucratif DESTA
1% des ventes versés à notre partenaire à but non lucratif, avec possibilité d'ajouter un don au paiement
livraison gratuite au Canada et États-Unis
livraison "premium" gratuite pour commandes de $75 USD / $100 CAD (voir faq)
an ideal image of sport

une image idéale

une image idéale
words x sandra thies
illustrations x sarah cotton
Notre vision de nous-même est évolutive, et prend forme avec le temps. Mes défis face à mon image corporelle ont commencé dès l’école secondaire. Comme toute adolescente, les standards de beauté irréalistes véhiculés par les médias m’ont poussé à me questionner sur mon image, et sur pourquoi mon corps n’était pas comme celui des autres. Les médias sociaux n’ont certes pas aidé. J’ai d’ailleurs toujours aimé la nourriture, et jusqu’à ce jour, je m’assure d’attiser constamment la flamme de cette passion. Cependant, adolescente, les commentaires sur mes formes et ma taille étaient fréquents, et j’ai essayé toutes les diètes miracle. J’étais grande pour mon âge; à près de 6 pieds dès la onzième année, une taille anormale dans mon groupe d’ami.e.s

L’adolescence est difficile lorsqu’on est une jeune femme (ou un jeune homme) influençable, et les défis de cette période m’ont marquée pour la décennie qui a suivi. Ils m’ont aussi menée à une carrière en diététique. Comme j’étais conditionnée à croire que mon corps devait avoir une apparence précise, je me suis lancée dans les sports. J’ai fait compétition au niveau national dans une équipe de performance en nage synchronisée jusqu’à ma graduation de l’école secondaire, moment auquel j’ai été admise dans l’équipe collégiale d’aviron à la University of British Columbia. Lors de la première année, mon entraineur d’aviron m’a parlé de mes progrès, notant à un moment qu’il « croyait qu’on pouvait me faire descendre à 135 livres », pour que je puisse ramer avec l’équipe en poids léger. Ce moment aura été tournant dans mon développement. À cette époque, j’étais autour de 6 pieds, et 160 livres. Pour perdre 25 livres, j’allais devoir sacrifier de la performance. Évidemment, ma santé, autant physique que mentale, allait en pâtir. Lors de ma deuxième année, on m’a retranchée de l’équipe car ma performance avait atteint un plateau.
Sortant de près de 5 ans de pratique du sport axée sur la performance, je ne savais plus quoi faire de moi-même. Je m’entrainais 40 heures ou plus par semaine. Je devais occuper mon temps, et le sport était au cœur de mon identité. J’ai alors découvert le triathlon; mon aventure avec la course et le vélo commençait.

La course, le vélo et la nage m’offraient une opportunité de m’évader. Je me sentais outillée pour choisir le programme d’entrainement et la diète qui me plaisaient, mais surtout, choisir comment faire cadrer cet entrainement avec mes cours universitaires, mes deux emplois à temps partiel, et mes relations. Le sport était l’outil qui me permettait de fuir de tout le stress de l’école, mais il commençait aussi à avoir des conséquences.

Je ne le savais pas à ce moment, mais d’être autant focalisée sur la performance sportive pendant toutes ces années avait sévèrement affecté ma confiance en mon image corporelle, et mon estime de moi-même. À travers ma carrière sportive, j’ai toujours travaillé très fort pour réussir. J’étais déterminée comme peu de gens l’étaient; toutefois, d’être entourée de femmes minces constamment glorifiées par les entraineurs m’a poussée à souscrire à cette idéalisation de la minceur du corps féminin.
j’ai continué d’accorder beaucoup de valeur à cette minceur, et je suis souvent allé jusqu’à risquer ma santé pour tenter d’atteindre cet idéal.
C’était devenu un dilemme pour moi, et je me suis souvent retrouvée à me demander : « Est-ce que je veux vraiment manger assez pour soutenir mes performances? Ou bien est-ce que je devrais plutôt essayer une nouvelle diète pour ressembler à ces femmes qui se font encenser? À cette époque, je ne pouvais pas faire les deux.
En tant que femme sportive plus costaude, les compliments que je recevais de mes ami.e.s et coéquipières sur mon corps et ma perte de poids ne faisaient que valider ma motivation à maigrir. Je me suis longtemps battue pour comprendre la place de la nourriture dans ma vie, et surtout, comment bien m’alimenter pour performer. Comment faire pour me réconcilier avec la nourriture et avec mon corps après tant d’années de diètes et d’insécurités?

Le piédestal sur lequel est érigé « l’idéal de la Minceur » – le concept par lequel le corps athlétique est idéalement mince – pour les athlètes de tous les genres, est beaucoup trop élevé. Pour cadrer dans l’esthétique de cet idéal, il faut restreindre son apport calorique et les diètes constituent généralement la voie la plus évidente, mais, trop fréquemment, au cout de ses performances et de sa santé. Malheureusement, lorsqu’il est question de perte de poids, les chiffres sur la balance ne sont jamais suffisamment bons. On se dit souvent « quand j’aurai perdu 10 livres, je pourrai enfin en être heureux.se. » 10 livres plus tard, on n’est jamais vraiment satisfait. Et on poursuit sa course.

La politique du corps et du poids est un sujet très nuancé chez les athlètes féminines, notamment vu les intersections entre performance sportive, poids, genre et esthétique. Des entraineurs de plusieurs sports différents sont critiqués pour s’attendre à ce que les femmes athlètes altèrent et limitent leur consommation de nourriture pour cadrer dans l’idéal de minceur. Si cette expérience change leur image corporelle, mais est ultimement préjudiciable à leur performance et leur santé, est-ce que c’est réellement le sport qu’on met de l’avant? Je crois que non.
Pour les jeunes femmes en pleine croissance qui passent par la puberté, une nutrition adéquate est essentielle à la prévention de problèmes de santé incluant l’anémie, l’ostéopénie ou l’aménorrhée. Pour des adultes, le maintien d’habitudes alimentaires saines est capital à la santé, la longévité et la prévention des blessures. Les effets négatifs sur la santé mentale et l’image corporelle provenant de la promotion de la minceur et de la perte de poids par entraineurs et mentors, incluant parfois l’humiliation des athlètes, viennent avec un cout encore plus important sur la santé de ces derniers, et vont parfois jusqu’à l’amplification des troubles de l’alimentation, de l’anxiété et même la dépression.

Le stigma associé au poids est assez fréquent dans le monde de la santé, dans l’athlétisme, mais aussi dans des espaces d’emploi ou d’éducation, et dans les relations autant personnelles que professionnelles. J’écrivais récemment un article sur les effets nocifs de ce stigma associé au poids, et, force est d’admettre qu’il y en a trop pour arriver à les dénombrer. Qu’il soit posé entre un.e entraineur.e et un.e athlète, un.e professionnel.le de la santé et un.e patient.e, ou encore dirigé contre soi, ce stigma a des effets négatifs à long terme sur la santé autant mentale que physique qui nécessitent un dur travail en profondeur pour être rectifiés.

Je suis immensément fière de tout le travail que j’ai fait ces neuf dernières années, et je suis fière de comment j’ai pu évoluer en tant qu’athlète, mais aussi comme professionnelle de la santé. Avec un peu de recul, je réfléchis sur mes années de nage synchronisée et d’aviron, et je remercie mes grosses jambes musclées pour leur puissance. J’ai tellement de respect et d’appréciation pour ce que mon corps fait pour moi à chaque jour. Je sors maintenant sur mon vélo ou pour courir sur des sentiers pour apprécier le moment et sentir l’air frais envahir mon corps, plutôt que de le faire pour bruler des calories.
ça m’aura pris presque une décennie pour atteindre une certaine neutralité face à mon corps, et il y a encore des jours lors desquels je suis inconfortable face à mon image corporelle.
Mais je peux finalement prendre une grande inspiration, et reconnaître que je cours, je pédale, je nage, et je fais du ski pour le plaisir, pour me sentir en plénitude dans et face à mon corps.

Cette aventure est certes loin d’être terminée pour moi, mais je suis devenue diététicienne pour outiller les autres qui passent par des épreuves similaires, pour éduquer les gens sur les effets néfastes du stigma lié au poids, et pour aider les gens à se retrouver dans leur corps, et atteindre une neutralité corporelle, une meilleure confiance d’eux-mêmes et une image corporelle positive.
Ce genre de difficultés peut affecter tout le monde, peu importe le genre, la couleur ou l’âge. Je voudrais que chaque humain sache que ce n’est jamais une bonne idée de sacrifier sa santé mentale ou physique pour cadrer avec une certaine image ou l’opinion de quelqu’un d’autre. Votre santé et votre bien-être sont votre priorité centrale. Je vous encourage tous à chercher du support auprès de ceux qui vivent des expériences similaires.

À travers mon travail, je veux fournir aux gens les moyens de concevoir l’exercice et la nourriture comme un tout, comme des plaisirs et une expérience sociale permettant de développer une meilleure estime de soi. J’aide les gens à trouver le respect et l’appréciation pour leur corps, ainsi que des habitudes alimentaires saines et durables. Il faut célébrer notre capacité à être fort.e, bien alimenté.e, et en paix avec nos décisions, plutôt que de risquer notre santé et notre bonheur pour une certaine image idéale.
about the author
sandra thies