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le tour du bloc

le tour du bloc
Le soleil se levait, ce 11 janvier 2019, émergeant d’un brouillard épais. Les goélands flottaient dans le ciel au-dessus de leurs têtes alors que les entraineurs du 1000-Mile Club, un groupe de bénévoles, et l’équipe de tournage d’un film documentaire passaient les portes de la prison d’état de San Quentin. Deux oiseaux, perchés sur le fil barbelé enroulé sur les hauts murs d’un blancs crémeux de la prison, caquetaient bruyamment alors que le groupe avançait dans l’enceinte pénitentiaire. Juste hors des murs, à quelques pas du périmètre, on entendait le ressac des vagues océaniques sur la berge.

La piste d’athlétisme de San Quentin est constituée de sections de terre éparses, doublées de gravier et de béton à certains endroits; un circuit dentelé de 0.2 mile, avec 6 virages à angle droit. Le marathon? Environ 104 tours et demi, chaque tour faisant la circonférence du terrain de baseball de San Quentin, et la parallèle d’une section des terrains de basketball.

Des oies se tenaient en plein milieu du champ boueux du diamant de baseball. À 7h30, les coureurs se sont rassemblés, en s’étirant et baillant, près de la ligne de départ improvisée. Certains portaient des camisoles grises, d’autres étaient en maillots de sport ou simplement sans chandail dans la chaleur déjà accablante de 40°C. La majorité portaient des chaussures de course, mais quelques-uns n’avaient que les chaussures standards données aux prisonniers. Quelques-uns avaient un lecteur de disque ou un Walkman avec des écouteurs.

Vers 8h, Frank Ruona, entraineur bénévole et ancien officier militaire, initie le décompte jusqu’au départ officiel du marathon.

Alors que chaque détenu commençait à courir, son compteur de tours désigné – des entraineurs bénévoles, d’autres détenus ou membres du club de course ne participant pas au marathon – criait le compte ou levait ses mains pour l’indiquer.

« Trois miles Ishmael! » lance Jim Maloney, un grand homme, entraineur bénévole et coureur dans la communauté. Tout près, sur une table cartonnée, un grand distributeur contenait de l’eau, et un autre, du Gatorade, des dons d’un groupe de course du coin.

De l’autre côté de la cour, une poignée de détenus vêtus de leurs bleus pénitentiaires étaient assis à des tables de pique-nique, regardant passer les coureurs. D’autres s’entrainaient dans une zone grillagée, comptant leurs tractions à la barre, ou sautant à la corde. Quelques-uns dribblaient et lançaient quelques paniers sur les terrains à proximité. Sur une surface bitumée tout près, rasoir électrique en main, un autre détenu coupait les cheveux de ses camarades. Des journalistes du San Quentin News, le journal de la prison géré par des détenus, se tenaient debout dans l’entrée de la remorque leur servant de bureaux.

Questionné à savoir si cette myriade d’activités récréatives avait toujours été offerte aux prisonniers, un détenu plus âgé emprisonné à San Quentin depuis 20 ans glousse d’un petit rire.

« La seule activité extracurriculaire offerte ici en 1989, c’était de se faire poignarder, » répond-il.
Ayant grandi dans les cités HLM de Fillmore, un quartier de San Francisco, Markelle Taylor a souvent joué à « grands contre petits ». Un jeu très simple par lequel les plus vieux du quartier en chassaient les plus jeunes. Si ces derniers se faisaient prendre, ils s’en prenaient une bonne raclée.

« Nous sautions d’un toit à l’autre en essayant de fuir face à notre sort, » se rappelle Taylor, maintenant âgé de 48 ans. « Mais je ne me suis jamais fait prendre. »

Taylor a été agressé à plusieurs reprises lors de son enfance. Adolescent, il passait d’une maison d’accueil à l’autre. À l’école secondaire, il était dans l’équipe de course sur piste et de cross-country de son école, et sa rapidité lui a valu de se mériter une bourse d’étude pour aller au Foothill Junior College de Los Altos, en Californie. Mais, une fois là-bas, c’est là qu’il a commencé à abuser de l’alcool et à vendre de la drogue. Il a perdu sa bourse et a décroché de l’école, juste avant de se faire arrêter pour la première fois.

Taylor est arrivé à San Quentin en 2012 – sa cinquième incarcération en 17 ans – après avoir été reconnu coupable de meurtre au deuxième degré. Peu après, son ami Jesse Gonzalez s’est vu refuser sa liberté conditionnelle pour la cinquième fois. Gonzalez a ensuite essayé de s’enlever la vie par surdose de médicaments, mais les officiers correctionnels ont retrouvé son corps avant qu’il n’en décède. Ils ont placé Gonzalez en isolement, où il s’est pendu avec ses draps. Taylor ne s’était pas remis à courir depuis son incarcération. Mais quand il a appris le suicide de Gonzalez, il s’est mis à courir.

« Je devais passer devant le comité [des libérations], et je me suis dit : ‘sérieux, je ne veux pas-‘ »

Taylor, discutant dans l’une des salles de classe de San Quentin en 2018, s’arrête. « Quand les gens se voient refuser [la libération conditionnelle], ils vont soit tomber dans la drogue, ou se mettre toutes sortes de problèmes à dos. Dans la rue, c’était comme ça – quand les temps étaient plus difficiles, je buvais, parce que j’étais alcoolique et que je prenais mauvaise décision sur mauvaise décision. »
« quand les temps étaient plus difficiles, je buvais, parce que j’étais alcoolique et que je prenais mauvaise décision sur mauvaise décision. »
Initialement, Taylor courrait seul dans la cour de la prison. C’est à ce moment qu’un autre détenu lui a parlé du 1000-Mile Club.

Mené par Frank Ruona, le 1000-Mile Club – qui porte son nom de l’objectif avoué que chaque membre arrive à courir 1000 miles pendant leur séjour en prison – était structuré comme un groupe d’entrainement officiel. Ruona, un vétéran de 78 marathons et 38 ultra-marathons, entrainait le club des Tamalpa Runners depuis déjà plusieurs années. Lorsqu’un ami lui a demandé d’aider avec le groupe de course de la prison en 2005, il a accepté, mais avec une certaine réticence.

« Je travaillais encore à temps plein à ce moment, et ce genre de trucs, ça prend du temps, » confie Ruona, maintenant âgé de 75 ans et retraité. « Je me suis dit que j’allais essayer quelques mois, et que ce serait ça. Mais après être allé et avoir développé de bonnes relations avec plusieurs des gars dans le club, je me suis mis à vraiment apprécier. »

Initialement, Taylor ne faisait que regarder les coureurs du 1000-Mile Club. Il ne voulait pas courir la nuit ou dans le froid. Mais il fait maintenant partie intégrante du club depuis 2014, et bénéficie des temps de course supplémentaires en plus des temps de récréation réguliers.

Dès sa première participation, Ruona savait qu’il était le coureur le plus rapide qu’il n’ait jamais entrainé à San Quentin.

Grand de 5’10” et pesant 160 livres, avec de longs membres fins mais musculaires et une longue enjambée arquée, Taylor est rapide mais gracieux. Il glisse plus qu’il ne jogge et ses expressions faciales ne changent guère. L’opportunité de courir avec le club lui a permis de se sentir valorisé, et plus libre. Il en a certes développé de la confiance en lui-même, mais aussi une raison d’être, soit de courir « pour ceux qui luttent, » comme lui, dit-il.

Il a vraiment focalisé sur son entrainement, sur ses intervalles et ses objectifs de temps. Il a commencé à changer ses habitudes alimentaires afin de les mettre au service de la course. De 2015 à 2017, Taylor a remporté le marathon annuel du 1000-Mile Club, qui se tient chaque année, en novembre, dans la cour de la prison.

Il se préparait à défendre son titre à nouveau en 2018, et d’autres détenus commençaient à prendre des paris informels sur sa capacité ou non à gagner à nouveau, pour la quatrième année consécutive. Toutefois, les feux de forêt à proximité ont forcé les détenus en confinement pendant près de deux semaines, et la course de 2018 (le 12ième marathon annuel) a été repoussée à la mi-décembre. Cette date a aussi été repoussée suite à deux suicides sur le couloir de la mort qui ont mené à un confinement en cellules pour l’ensemble de la prison. La course a finalement été prévue pour le 11 janvier 2019.

Taylor est tombé malade au début janvier, et n’a pas pu se préparer. Mais, le soir précédant le marathon, il a décidé d’y participer.
Le premier programme de club de course pour détenus a commencé au pénitencier d’état de l’Oregon au début des années 70, mené par le légendaire coureur Steve Prefontaine.

Bien qu’aucune statistique officielle ne soit colligée par le Département de l’administration pénitentiaire (DAP), au moins huit autres clubs de course existent dans des établissements correctionnels à travers l’Amérique du Nord. Les entraineurs bénévoles de ces populations incarcérées espèrent que ce chiffre augmentera après la pandémie, considérant tous les effets bénéfiques de la course sur la santé mentale et émotionnelle des détenus.

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Le Washington Corrections Center (WCC) a une « grande cour, » avec une piste d’un quart de mile en gravier, et une « petite cour, » munie d’une piste de terre de moins d’un quart de mile. Les deux sont entourées d’une haute clôture grillagée bordée de barbelés. Chaque semaine, les détenus ont droit à des sorties à la cour, établies selon leur emploi, leur classification et la peine purgée.

Emily Hammargren a commencé à enseigner des cours universitaires au WCC en 2010. Originaire du Midwest, Hammargren, plutôt mince, âgée de 45 ans et arborant une longue chevelure brune trônant sur un grand sourire, espérait pouvoir commencer un club de course au WCC, ce pour quoi elle demande conseils à Ruona. Mais le processus était constamment retardé, pour cause de blocages administratifs et d’un flagrant manque de support institutionnel.

Elisha Tabor, un détenu de 26 ans au WCC travaillant comme assistant d’enseignement dans l’un des cours d’Hammargren, est arrivé au pénitencier en 2011. Élevé dans la foi des Témoins de Jéhovah, les parents de Tabor ne lui ont jamais permis de participer à des sports organisés, incluant la course. En prison, Tabor évitait les sports de groupe, préférant courir seul.

La première fois qu’il a eu l’opportunité de courir au WCC, Tabor est parti en trombe, sprintant à toute vitesse. Après quelques tours, il n’en pouvait déjà plus, se demandant à haute-voix : « Qui aime courir?! C’est n’importe quoi! » Un codétenu, vétéran de plusieurs marathons, joggait dans la cour. Il s’est dirigé vers Tabor. « Il faut que tu trouves ton rythme, » dit-il, lui montrant comment courir à une cadence soutenue. Après quelques tours de plus, Tabor a déclaré qu’ils courraient trop lentement. « Hé bien, c’est ce qu’il faut faire, » répond l’autre détenu. « La course, c’est ça. »

Hammargren a finalement eu la permission de commencer un club de course en mai 2017. Une douzaine de détenus se sont assis dans le gymnase de la prison pour écouter Hammargren, Missy Farr – une spécialiste du DAP, et coorganisatrice bénévole – et le directeur des récréations de la prison. Hammargren a ouvert la rencontre en demandant à chaque détenu pourquoi il voulait se joindre au club. Ils se sont ensuite dirigés vers la cour.

Le club devait se rencontrer lors des heures de récréation habituelles, même si la petite piste était à peine assez large pour y laisser deux personnes courir côte à côte. Si deux ou trois détenus ne faisant pas partie du club y marchaient ensemble, les coureurs devaient les contourner, souvent en traversant des flaques d’eau, de la boue ou des fosses de gravier. Les coureurs devaient courir dans leurs chaussures réglementaires – des « espadrilles » New Balance blanches – bien que quelques détenus se soient procuré des chaussures de course dans le catalogue de la prison. Ils portaient leurs camisoles, t-shirts, shorts ou survêtements blancs réglementaires.

Malgré leur manque généralisé d’équipement, plus l’entrainement progressait, « plus l’expérience devenait émotionnelle, ça avait finalement lieu, » se souvient Tabor. « J’espérais que ce moment arriverait depuis plusieurs années. Nous étions tous là, dehors, à nous demander ‘est-ce vraiment réel?’ »

Hammargren introduisait des programmes d’entrainements, et une boutique locale, la South Sound Running, a donné plusieurs paires de chaussures à peine usées. Frank Ruona s’est déplacé de la Californie pour visiter le club, et mener une démonstration dans la grande cour.

Un coureur, Benito Reyes, écoutait attentivement le tutoriel de Ruona. Originaire du Mexique, Reyes était un coureur de longue distance. Il avait servi dans l’armée avant de déménager aux États-Unis, où il a rencontré sa femme. Il s’était trouvé un emploi en tant que directeur d’un verger, arrivant tôt le matin pour repartir après le coucher du soleil, et trouvant ainsi peu de temps pour courir.

Quand il est arrivé à la WCC en 2014, Reyes, qui fait 5’8”, pesait environ 200 livres et n’avait pas couru depuis au moins 15 ans. Au mois d’aout 2017, âgé de 38 ans, il s’est initialement joint au club pour se remettre en santé et perdre du poids. Mais plus le temps passait, plus Reyes avait une envie irrésistible de courir. Dès que le temps de récréation commençait, il se mettait à courir, et n’arrêtait qu’au signal de la fin de la récréation.

Reyes, avec ses cheveux noirs courts rasés dans un style militaire, dit, d’une petite voix : « Quand tu cours, tu te libères l’esprit – tu ne penses pas à ce qui se passe autour de toi. »

Alors qu’il était emprisonné, la fille de Reyes est décédée dans un accident de voiture, à peine âgée de 12 ans. Quand elle était encore vivante, et lui libre, ils jouaient au soccer ensemble presque à chaque jour. Quand il jogge dans la cour du WCC, Reyes imagine sa fille l’encourager : « Allez, Papi, allez! ».

« Elle occupe toujours mes pensées, elle m’encourage, » dit-il, émotionnel.

En septembre 2019, le club avait maintenant près d’une centaine de membres. Lors d’une matinée fraiche et pluvieuse, 65 d’entre eux se sont rejoints dans la grande cour pour courir soit un 5km, soit le demi-marathon inaugural du WCC. Les coureurs passaient s’inscrire à de longues tables montées sous une tente de fortune. Alors que les nuages trainaient au-dessus de leur tête, une fine pluie s’est mise à tomber. Les dossards fièrement portés par les détenus, imprimés et sponsorisés par la South Sound Running, arboraient leur numéro et la simple inscription : « WCC – Free Your Mind. »

Trois coureurs de l’extérieur avaient reçu la permission de courir avec les membres du club, incluant Jesse Stevick, un professeur de chimie et entraineur de cross-country dans une école du coin, et Barb Bumann, âgée de 65 ans, qui avait entendu parler du club de course à travers un groupe communautaire, et qui voulait partager son expérience avec le pouvoir réhabilitant de ce sport.

Bumann – petite et mince, à l’image d’une coureuse olympique de longue distance – avait découvert la course près de 30 ans plus tôt, en rémission d’un mode de vie marqué par l’abus d’alcool et de drogues. « C’est à ce moment que j’ai appris à remplacer les mauvaises habitudes par d’autres, meilleures, plus vertueuses, » dit-elle.

Bumann courrait avec quelques-uns des coureurs les plus rapides du club, incluant Tabor, qui avait Stevick pour meneur sur le 5km. Jason (nom retenu) et Gustavo Allen, âgé de 22 ans, se partageaient la tête lors des premiers tours du demi-marathon.

Tabor et Stevick ont gagné le 5km en 31m33s, sprintant jusqu’à la ligne d’arrivée imaginaire, saluant et encourageant les autres avant d’aller s’étirer ensemble sur le terrain.

Une table de fortune dédiée au ravitaillement est restée vide pendant les premières 20 minutes. « J’ai besoin d’eau! » a appelé un coureur, essuyant la sueur de son front avec son chandail. Mais une demi-heure s’est écoulée avant qu’un officier correctionnel ne sorte du bâtiment principal avec un grand distributeur à eau et de petits verres de plastique.

Après s’être échangé la première position plusieurs fois, Gustavo et Jason ont passé le fil d’arrivé presque simultanément, finissant leur demi-marathon en 1h33m07s.

Reyes terminait ensuite en troisième position en 1h38min04s. Alors qu’il passait le fil d’arrivé, un petit sourire en coin l’a animé, alors qu’il saluait et félicitait Allen et Tabor, avant de se pencher pour reprendre son souffle. Ceux qui avaient terminé restaient pour encourager leurs camarades, passant tour après tour. Quelques-uns courraient seuls, grimaçant; d’autres restaient en duo, saluant les encouragements à chaque passage près de la tente. La pluie s’est arrêtée après une heure, remplacée par une brise fraiche et brumeuse.

« Ce que j’ai vraiment apprécié, c’est que les gars étaient tous tellement encourageants, se supportant entre eux, et me supportant, » dit Bumann. « Tous ceux à qui j’ai parlé étaient tellement reconnaissant que nous soyons là. Je crois que ça leur donne un sens de la normalité, et je crois que ça c’est extrêmement important. »

Les règles de la prison empêchaient Hammargren de donner des médailles ou décorations quelconques aux coureurs ayant complété l’épreuve; à la place, elle a donné des rubans aux premières positions et a fait imprimer et laminer une petite emblème « WCC Half-Marathon Finisher », dessinée en noir sur blanc, pour tous ceux ayant complété la course. Elle a aussi fait imprimer des certificats pour les membres du club, qu’elle a honorés alors que le groupe se tenait debout, en cercle, après la course.

Vers la fin de 2019, le club de course du WCC était devenu tellement populaire que le DAP a émis une directive le forçant à réduire les effectifs. Les 60 membres restants ont renommé le club WCC 1,000-Mile Running Group, communément appelé The Running Group.

« J’ai demandé à l’un des détenus, » dit Stevick, « si tu pouvais dire une chose à des jeunes de l’école secondaire, ce serait quoi? » « Il a dit, ‘Si tu fais quelque chose de mal, ça va finir par te rattraper.’ J’adore ça, parce qu’ils sont tellement honnêtes à propos du fait qu’ils ont commis des erreurs, et qu’ils méritent leur punition – et ils veulent vraiment en retirer le plus possible. Et la course, c’est parfait pour ça. »
« quand tu cours, tu te libères l’esprit – tu ne penses pas à ce qui se passe autour de toi. »

-benito reyes
Les obstacles administratifs et bureaucratiques sont les principales raisons pour lesquelles les clubs de course organisés par des bénévoles ne sont pas plus communs. Le club du WCC aura nécessité 5 longues années de travail avant de voir le jour; le programme du Washington Corrections Center for Women (WCCW) en aura pris sept.

« La paperasse est une grosse part du problème, tout comme la difficulté à trouver des gens pouvant coacher de façon constante, » dit Alexa Martin, l’une des coachs bénévoles du club de course du WCCW. « Et bien entendu, les difficultés à adapter le modèle derrière les barreaux. »

Le gymnase du WCCW a 4 tapis roulants; les détenues confies que des batailles ont presque éclatées sur des différends sur l’usage de ceux-ci pendant les temps de récréation limités. Malgré les échecs répétés à créer un club de course, Nicole McCaslin, détenue et coureuse de longue date purgeant une peine de neuf ans depuis 2014, s’est réessayé en aout 2018. Elle a fait appel à l’officière correctionnelle Kelly Luck en tant que commanditaire du projet, et au sergent Roger Afalava pour l’aider à superviser le groupe. Sept mois plus tard, le DAP a permis au club de lancer un projet-pilote de 12 semaines, avec pour objectif de compléter une course de 5km dans la cour de la prison.

Luck a écrit à Martin, coach de course locale, lui demandant si elle serait intéressée à être coach bénévole. Le 4 janvier 2019, 15 détenues de l’aile à sécurité minimum sont arrivées pour leur première sortie à 7h du matin. Luck et les autres officiers ont pelleté la neige tombée sur la piste, et un officier avec une montre Fitbit a marché le périmètre pour en mesurer la longueur, concluant que cinq tours et quart équivalaient à un mile.

Plus de 60 femmes avaient exprimé un intérêt pour se joindre au club, mais le DAP en a limité les inscriptions à 15. Plusieurs n’avaient jamais couru; d’autres, comme McCaslin, avaient plus d’expérience.

Martin se rappelle sa première conversation avec les détenues. « Elles avaient toutes un regard impassible, » dit-elle. « Nous étions au creux de l’hiver, c’était sombre dehors, et je me suis demandé : ‘Ok, est-ce que j’arriverai à les atteindre ou pas? Veulent-elles vraiment être ici? »

Martin leur explique alors le programme qu’elle avait créé pour les aider à atteindre l’objectif du 5km en 12 semaines. Ensuite, le groupe s’est mis à jogger.

« J’ai presque pleuré de joie, » dit McCaslin, petite avec de longs cheveux bruns, de leur première sortie. « C’était tellement libérateur de sortir tôt le matin, et de simplement pouvoir courir. » Le groupe a couru vers une zone de la cour où elles n’avaient généralement pas le droit d’aller; de là, elles prenaient une pause pour regarder la montagne tout près d’un angle qu’elles n’avaient jamais vu.

Après cette sortie inaugurale, plusieurs membres ont remercié McCaslin pour sa persévérance dans la création du club. « Je ne me suis jamais sentie aussi bien, » lui a confié une détenue.

Le groupe suivait les entrainements hebdomadaires de Martin, courant en paires à 7h les lundi, vendredi et dimanche matin. Les courses étaient annulées sans préavis si le brouillard était trop épais, ou lorsque le décompte des détenues était trop long. La plupart des femmes courraient dans leurs chaussures réglementaires, et plusieurs souffraient d’aponévrose (fasciite) plantaire et de douleurs aux mollets. La plupart d’entre elles n’avaient ni équipement, ni soutient de sport.

Lacey Wheeler, 40 ans, avait appliqué pour se joindre au club malgré n’avoir eu aucune expérience de course dans le passé. Elle voulait participer à une activité par laquelle elle pourrait se responsabiliser, particulièrement lors des mois plus froids de l’hiver.

« Maintenant, j’ai toujours envie de courir, » dit Wheeler, un an plus tard. « Ça a changé ma façon de faire : ce que je mange, mon mode de vie et la personne que je veux devenir. »

En mars 2019, le groupe a couru son 5km inaugural. Martin a eu l’autorisation d’emmener un chronomètre, et chaque coureuse a eu la permission d’avoir une codétenue en présence pour l’encourager et compter ses tours. Les détenues qui n’étaient pas autorisées à être dans la cour regardaient et encourageaient leurs camarades de la fenêtre de leur cellule. Toutes les membres du groupe ont terminé la course.

Des suites de ce programme de 12 semaines, les officiers du WCCW ont mené un sondage informel. Bien que les données recueillies n’aient pas pu être utilisées officiellement, faute d’être évaluées par le DAP, les chiffres démontraient toutefois que les détenues dormaient mieux, avaient une meilleure gestion de leur stress et ressentaient moins de colère et de frustration.

Luck a aussi noté que le club a changé les opinions des employés face aux détenues. « Au début, quand j’arrivais le matin, on disait ‘pourquoi t’es ici?’ » se rappelle-t-elle. « Quand je leur répondais, on me retournait ‘Qui a pensé que c’était une bonne idée?’ Mais maintenant, les employés démontrent beaucoup plus de support parce que ces femmes ont vraiment bien fait, et nous n’avons pas eu de problèmes. »

McCaslin, qui devait sortir en janvier 2020, a dit qu’elle espérait retourner aux sentiers de course près d’où elle habitait.

« Je suis certaine que je vais pleurer quand je pourrai enfin participer à une course à l’extérieur, » confie McCaslin en novembre 2019. « Je me sentirai réellement libre. Je pourrai courir dans mes propres vêtements, sans avoir à regarder des barbelés ou des clôtures, sans avoir à penser à ce moment où je serai libre. Parce que j’y pense beaucoup à ce moment. »
En 2012, Tim Alderson a commencé une étude au Hiland Mountain Correctional Center à Eagle River, en Alaska, une prison à sécurité minimum pour femmes. La recherche de Alderson, visant l’obtention de son MSc en psychothérapie à la Alaska Pacific University, étant néanmoins non-publiée et ne faisant pas l’objet de révision par les pairs, analysait l’impact de programmes de course structurés sur les femmes détenues.

Sur une période de 12 semaines, Lisa Keller, propriétaire de Multi-Sport Training of Alaska, et d’autres coachs volontaires ont entrainé un groupe de détenues pour compléter une course de 5km. Alderson a interviewé les coureuses après la tenue de la course : 25 femmes avaient commencé le programme, 21 ont terminé. (Des quatre autres, deux ont eu droit à une libération anticipée, et les deux autres ont été placées en isolement pour offenses liées à la drogue.)

Physiquement, les détenues ont constaté une augmentation de leur endurance, un sommeil amélioré et une perte de poids (perdant collectivement 46 livres). Des membres du programme ont parlé d’une humeur améliorée, d’une baisse d’anxiété et d’une concentration accrue.

Statistiquement, près de 80% des détenues entrent dans le système carcéral américain avec un diagnostic de dépression ou d’anxiété, pour lequel on les met sous médications. Quatre détenues ont admis avoir arrêté leur médication, ce qu’elles ont attribué à leur participation au club de course.

La recherche d’Alderson l’a mené à lancer Running Free Alaska, qui offre du coaching aux détenues de Hiland à travers des sessions d’entrainement hebdomadaires, ainsi qu’un support en course à pied pour les femmes lorsqu’elles sont libérées.

« Nous croyons que la simplicité de la course peut réellement aider les gens à vivre au maximum, » nous dit leur énoncé de mission. « Notre vision est de créer un environnement de support pour les femmes incarcérées, et agir comme tremplin vers une communauté où les étiquettes et les stigmas n’ont pas de place. »

Lors du demi-marathon organisé par le groupe en octobre 2019, Gina Virgilio, détenue à Hiland, a enregistré un nouveau temps record sur le parcours, terminant en 1h44m03s. Deux semaines plus tard, Virgilio était assise devant un tribunal pour son audience de condamnation. Plusieurs coachs du club ont pris la parole en sa faveur, incluant Keller. Cette dernière se souvient des propos du juge, disant à l’audience qu’il n’avait jamais vu une personne condamnée pour un crime aussi haineux avoir autant de support d’une communauté. Il n’avait jamais vu une personne changer autant pendant son incarcération non plus.

La nouvelle des succès de Running Free a mis le feu aux poudres : un officier du Spring Creek Correctional Center à Seward, en Alaska, une prison à sécurité maximale pour hommes, a commencé un club de course. La Topeka Correctional Facility for Women en Arkansas a aussi initié un programme Running Free mené par des entraineurs bénévoles, par lequel les membres du club organisent des courses à l’intérieur des murs du pénitencier pour amasser des fonds pour des programmes communautaires et des organisations caritatives locales. Avant la pandémie, ils avaient amassé plus de 35,000$US.

Mais tous ne sont pas couronnés de succès à recevoir l’approbation administrative pour commencer un club de course pénitentiaire, comme Janalee Bell-Boychuk, directrice-adjointe à la Stony Mountain Institution au Manitoba, Canada. Elle a commencé à monter le dossier administratif, mais elle a dû faire face à beaucoup d’embuches, sans compter devoir gagner à sa cause plusieurs personnes-ressources, et bien entendu, les défis habituels; chaussures, services de santé, installations, etc.

« En tant que coureuse moi-même, je vois la valeur que peut apporter ce sport dans tellement de choses, qu’on parle des bénéfices physiques ou mentaux, » affirme Bell-Boychuk. Nous avons une grande population de détenus autochtones, et le diabète est un problème vraiment commun pour eux, et la course serait une excellente façon pour améliorer la situation. Il va sans dire aussi que, pour la santé mentale, la course coute beaucoup moins cher que la thérapie – c’est une excellente façon de se vider l’esprit. »

Elle espère toujours pouvoir un jour lancer un club de course à la Stony Mountain.
« je suis certaine que je vais pleurer quand je pourrai enfin participer à une course à l’extérieur. je me sentirai réellement libre. je pourrai courir dans mes propres vêtements, sans avoir à regarder des barbelés ou des clôtures, sans avoir à penser à ce moment où je serai libre. Parce que j’y pense beaucoup à ce moment. »

-nicole mccaslin
Alors que le chronomètre de l’édition 2019 du marathon de San Quentin affiche 53m33s, la première alarme résonne dans le pénitencier. Pendant une alarme, les détenus doivent s’étendre au sol, sans mouvement, jusqu’au signal de fin d’alerte. Les coureurs se sont affalés sur la piste de terre. Frank Ruona a chronométré la durée de l’alerte avec son chronomètre, afin de pouvoir la soustraire aux temps finaux des coureurs. Une minute et dix-huit secondes plus tard, les coureurs se levaient et reprenaient la course.

Après 1h20m, une pluie régulière s’installe. Markelle Taylor, qui avait complété les cinq premiers miles à une vitesse de 6m38s/mile, courrait droit devant lui, imperturbable, alors que Ruona, assis sur une chaise pliante, grelottant sous son imperméable noir, criait ses temps de passage à Taylor.

Taylor arrivait à la demi en 1h30s, moment auquel Ruona lui a tendu un sachet de GU. « C’est quoi ça? » lui demande Taylor. Du sel perlait sur son front, laissant des marques blanches sur son visage et ses tempes alors qu’il reprenait la course.

Nicola Bucci, 46 ans, portant un bonnet gris et des écouteurs, alternait course et marche d’un tour à l’autre. Un vétéran de l’armée, gradué de l’école de cuisine et ancien nageur compétitif, Bucci est arrivé à San Quentin en 2014.

« Ça fait mal quand je cours, » lance Bucci, en référence à la double reconstruction de son ligament croisé antérieur (LCA) au genou droit, une reconstruction du LCA au genou gauche, et des fusions vertébrales au niveau de son cou, aux vertèbres C5 et C6. « Mais c’est un rappel constant de la douleur que j’ai moi-même causée à d’autres personnes. »

Bucci a été emprisonné en 2008, des suites d’une condamnation pour meurtre au second degré. « Quand je cours, je m’échappe, » dit Bucci. « Je cours ici, à l’intérieur, mais en courant, on ne se sent pas en prison. C’est une façon de sortir de sa tête, de ses pensées. »

Ruona avait fixé un ruban rouge « DANGER » en guise de ligne d’arrivée; alors que Taylor traversait la ligne en sprintant, le ruban flottait sous le vent puissant et la pluie battante, Ruona lançant haut et fort : « Trois heures, dix minutes et quarante-deux secondes! »

« T’es sérieux?! » demande Taylor, se secouant la tête alors que le sel s’égouttait sur son visage. Il avait battu son propre record d’un peu plus de six minutes.

Alors qu’il se déplaçait vers le côté de la piste, Taylor enfile une paire de pantalons et un chandail propre par-dessus ses vêtements trempés, et un bonnet sur sa tête ruisselante de pluie et de sueur. « Je crois que ça m’a aidé de ne pas courir pendant les feux et le confinement, » dit Taylor. « Je cours aussi plus aisément quand il fait plus froid. »

Vingt minutes plus tard, Ruona se dirige vers Taylor pour lui rappeler de s’étirer alors que Mark Jarosik passe le fil d’arrivée pour une seconde place, en 3h31m45s. Jarosik, âgé de 51 ans, est arrivé à San Quentin au mois de mai précédent, son dernier arrêt dans une longue saga de dix années d’incarcération. Ancien architecte, il avait déjà participé à des triathlons, sans jamais s’essayer au marathon, jusqu’à ce jour.

Ultimement, 23 coureurs ont complété l’édition 2018 du marathon de San Quentin, un record pour le 1000-Mile Club. Le plus vieux coureur l’ayant complété est Mike Keeyes, âgé de 71 ans, terminant l’épreuve pour la 4ième fois en 4h50m47s, devenant le premier septuagénaire à compléter la course.

Lee « Timubktu » Goins, âgé de 61 ans, a été l’un des derniers à compléter cette édition de l’événement sportif. Un peu dégingandé, arborant un short de course foncé et une camisole, Goins s’est battu contre une blessure tout au long du marathon, mais a gardé de ses forces pour faire quelques pas de danse une fois le fil d’arrivée passé, sous l’averse. On notait des taches de sang sur son short, mais il était tout sourire et riant alors qu’il complétait sa quatrième édition du marathon en près de cinq heures et demie.

Originaire de la Nouvelle-Orléans, Goins a toujours aimé courir. « Je suis marié à la course, » dit-il. « C’est vraiment comme si je planais, comme si je flottais, sans gravité. » Au début des années 80, avant son incarcération, Goins a été atteint par balle à la hanche droite. Les docteurs lui ont dit qu’après la chirurgie, il ne pourrait plus jamais courir. « J’ai dit : ‘Mais vous êtes complètement fous!’, » lâche-t-il en riant.

Quand il court, Goins ressent constamment de la douleur à l’endroit de cette blessure. Après le marathon, les médecins l’ont transporté à la clinique de la prison; on l’en a libéré en soirée. « Je dis toujours aux gens : ‘Si ça ne fait pas mal, on n’y gagne rien,’ » dit Goins.

Goins a été incarcéré en octobre 1987, et est arrivé à San Quentin en novembre 2012. Même s’il avait couru par lui-même, indépendamment, lors des heures de récréation à chacune des prisons qu’il a visitées, il n’avait jamais eu l’expérience d’un club de course avant d’arriver à San Quentin.

« Ça a vraiment été une expérience merveilleuse, » dit Goins. « [Sans le club] je ne crois pas que je serais encore vivant. Très sérieusement. Les drogues, ce n’est pas pour moi. La vie est vraiment un foutu bordel ici, mais à chaque fois que je cours, ça me libère. Mon esprit n’est plus ici. »

Après avoir terminé le marathon, les coureurs ont bu quelques gorgées d’eau en s’étirant brièvement, avant de remettre leurs bleus réglementaires et de se diriger vers leur travail respectif. Quelques-uns en ont profité pour aller à leur cellule pour prendre une douche avant leur assignation; d’autres n’ont pas eu le temps, s’y dirigeant directement, passant à travers la cour, dans leurs chaussures trempées.
Edward Moses n’avait jamais couru plus de six miles avant d’arriver à San Quentin en mars 2018. Alors qu’il observait Ruona et les autres bénévoles imprimer les résultats de la course, donner des instructions et compiler les statistiques individuelles, il a voulu se joindre au club.

Dès juillet 2018, il avait complété le demi-marathon, finissant dernier en 2h14m. Moses, alors âgé de 46 ans, s’est donné pour objectif de courir le marathon complet en novembre. Les feux de brousse repoussant ses plans, Moses s’est vu accorder sa libération conditionnelle en décembre. « J’ai dit à tout le monde que même si je n’arrivais pas à courir ce marathon, j’allais courir le marathon de Los Angeles, » dit-il.

Quand Moses est arrivé à la maison de transition du Riverside County, il a écrit au Skid Row Running Club pour continuer son entrainement. Mais il a réalisé qu’entre son loyer, le transport et le temps nécessaire pour se trouver un emploi, il ne pouvait pas s’offrir l’inscription au marathon. Il a contacté les entraineurs du 1000-Mile Club, qui l’ont aidé à couvrir la charge monétaire.

« Ce n’est pas facile de tout recommencer [une fois sorti], » confie Moses. « Le transport, le travail et le logement – ça, c’est ce que j’appelle les ‘big three’. Tu es en bonne santé et tu veux travailler, mais beaucoup d’opportunités ne s’offrent pas à nous. Ça aurait été facile pour moi de dire : ‘j’ai trop de pain sur la planche pour m’entrainer et courir.’ Mais c’est motivant malgré tout de s’accrocher à un objectif, même en faisant face aux défis transitionnels. »

Moses a couru le 2019 Los Angeles Marathon – il s’était donné l’objectif de terminer en 3h55m, mais une douleur au mollet l’a ralenti, terminant plutôt en 5h45m.

« Courir des longues distances, ce n’est pas facile, mais on finit par passer des jalons et on s’améliore, c’est vraiment, vraiment entrainant et vivifiant tout ça, » dit Moses. « Ça te donne un sentiment de, ‘ok, je peux courir un demi-marathon, ou 20 miles, merde, je peux tout faire si je m’y applique pour vrai.’ »

« Je vais te dire – j’aime pas vraiment courir. Mais j’aime les résultats, le sentiment qu’on a après. »
« maintenant, j’ai toujours envie de courir. ça a changé ma façon de faire : ce que je mange, mon mode de vie et la personne que je veux devenir. »

-lacey wheeler
La soirée suivant l’édition 2018 du marathon, San Quentin tenait son banquet des sports annuel dans la chapelle de la prison. Les membres des équipes de baseball, de basketball et d’autres sports étaient mis à l’honneur chacun leur tour sur scène, remerciant les bénévoles et recevant des certificats et des décorations.

Tommy Wickerd, qui avait complété son troisième marathon de San Quentin plus tôt cette même journée, est monté sur scène pour offrir prix et remerciements à Maloney et sa co-entraineure bénévole, Diana Fitzpatrick. Il a parlé des longues heures de travail que les coachs ont donné pour entrainer les détenus. Il a parlé du progrès des membres, de l’amélioration de leur santé mentale et du sentiment de famille qui c’était développé autour du 1000-Mile Club. Il a remercié Ruona, qui a agi, selon lui, comme une figure paternelle et un réel mentor pour les membres du club.

Avant que le groupe ne descende de scène, Wickerd a regardé la foule une dernière fois, faisant signe aux entraineurs bénévoles.

« Merci, » dit-il, « de nous avoir vu comme des humains. »
ÉPILOGUE

Vendredi le 13 mars 2020, Ruona a mené le 1000-Mile Club de San Quentin à travers son entrainement habituel. Le groupe devait participer à une course de six miles le vendredi suivant.

Mais la pandémie a interrompu leurs activités de façon abrupte, mettant un temps d’arrêt sur leur vie et activités habituelles. Les autorités de San Quentin ont fermé les portes du pénitencier au monde extérieur le 16 mars. Ruona et les autres bénévoles n’ont pas reçu l’autorisation de retourner à l’intérieur depuis. Ruona a écrit, dans un courriel, que pendant la majeure partie de 2020, les détenus « n’ont pas fait grands choses d’autres que de rester assis dans leurs cellules la majeure partie de leur temps. »

Les coachs bénévoles de Hiland n’ont pas eu droit d’entrer dans l’enceinte pénitentiaire depuis le 11 mars 2020, et Keller anticipe de ne pas pouvoir y retourner avant 2022. Le gymnase y est aussi fermé depuis le début de la pandémie, et les détenues y sont en confinement presque permanent.

Depuis les débuts de la pandémie, 865 détenus du WCC ont contracté la Covid-19. Le WCCW s’en est mieux tiré avec une douzaine de cas confirmés. Bien que Martin n’ait pas été admise à l’intérieur de la prison, elle confirme que les coureuses du WCCW ont continué de s’entrainer, menées par Lacey Wheeler.

San Quentin ne s’en est vraiment pas très bien tiré : en mai 2020, plus de 120 détenus ont été transférés de la California Insitution for Men de Chino, aux suites de plusieurs éclosions de Covid-19. Vers la fin du mois d’aout, le Los Angeles Times rapportait que 2237 détenus de San Quentin avaient testé positif dans l’une des plus grosses éclosions aux États-Unis à cette date. 27 détenus sont décédés des suites de l’infection virale.

Ruona rapporte que depuis janvier 2021, les détenus se sont vu accorder un retour graduel des temps de récréation à la cour, bien que ce ne soit qu’avec les codétenus de leur bloc et pour un temps très limité. « J’espère qu’une fois la population de San Quentin vaccinée nous pourrons retourner à nos activités dans la prison à partir de la mi-2021, » écrit Ruona, en courriel. « C’est ce que j’espère. Mais qui sait réellement ce qui en sera? »

Markelle Taylor a été libéré de San Quentin en mars 2019. 45 jours plus tard, il finissait le marathon de Boston en 3h03m52s. Il habite présentement la région de San Francisco et travaille pour un ancien employeur de Ruona, et a continué son entrainement avec le club des Tamalpa Runners. Il espère passer la barre des trois heures au marathon.

Lee Goins a été libéré en mars 2019. Le mois de juin suivant, il a couru le célèbre trail de la Dipsea Race. Il réside aussi dans la région de San Francisco, et continue de courir avec le Tamalpa. Il travaille à temps plein en même temps qu’il étudie pour décrocher son diplôme collégial. Il espère un jour devenir chef.

Benito Reyes a été libéré le 9 janvier 2020, et renvoyé vers une installation de détention pour immigrants à Tacoma, dans l’état de Washington, selon les dernières nouvelles. Il a été déporté vers le Mexique, où il avait la ferme intention de courir un marathon, en liberté.

Elisha Tabor doit être libéré du WCC le 18 avril 2027. Il ne sait pas où il élira domicile ou ce qu’il fera – mais il sait qu’il va courir.
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anna katherine clemmons

anna katherine clemmons est professeure adjointe au département d’études médiatiques de la université de virginie. elle est aussi écrivaine, ses travaux étant publiés par ESPN, le new york times, le conde nast traveller et bien d’autres.