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like the wind | les black trail runners

like the wind | les black trail runners
words x simon freeman
photos x mike fordham, phil young
L’idée que la course est une activité ou un sport ouvert à tous est romantique, voir complètement fausse.

Bien entendu, la course n’oppose pas vraiment d’obstacles à l’entrée. On n’a pas besoin d’équipe, ou d’équipement spécifique. On ne s’y adonne pas sur un court ou un terrain particulier. On peut en théorie aller courir n’importe où et n’importe quand, jour et nuit.

Mais, de voir la chose ainsi serait d’ignorer la réalité que tous n’ont pas un accès égal au sport. Plus particulièrement, la couleur de peau ou le genre peuvent avoir un impact disproportionné sur la capacité des personnes à courir librement où et quand iels le veulent.

L’une de ces inégalités est clairement visible dans la participation des personnes racisées au monde de la course en sentiers. C’est comme si cette réalité était un microcosme de l’état de fait plus général du racisme : soit l’érection et l’application de barrières, à l’accès ou autres, basées strictement sur la couleur de peau.

Pour illustrer le tout, en voici un exemple, bien qu’imparfait : l’accès aux zones désignées comme étant parmi les plus beaux espaces extérieurs du Royaume-Uni. Il y a 15 parcs nationaux au R-U, représentant environ 10% de l’espace total du pays. On estime qu’environ 110 millions de personnes visitent les parcs nationaux d’Angleterre et du Pays de Galles à chaque année.

De ces millions de visiteurs, seulement un pour cent d’entre eux sont issus des communautés noires, asiatiques ou d’autres minorités ethniques (NAME). C’est bien malgré les 14% de citoyens du R-U qui s’identifient comme étant issus de communautés NAME, selon le dernier recensement. Et si ce n’est que ce petit point de pourcentage qui représente les visiteurs NAME des parcs nationaux, que peut-on en conclure pour ce qui est du restant des sentiers ruraux du pays?

C’est sur cette trame de fond qu’un groupe s’est formé pour tenter de dépasser les barrières auxquelles font face les personnes NAME dans le milieu de la course en sentier. Ce sont les Black Trail Runners.
Pour l’un des fondateurs des Black Trail Runners (BTR), Phil Young, le besoin d’avoir une organisation pour remettre en question les notions de la représentation et de l’appropriation des sentiers est simple :

« Pour plusieurs personnes racisées, c’est cette connexion au monde naturel qui a été perdue, et, par association, le bien-être physique, mental et spirituel qui y est associé, » dit-il. « Pour moi, BTR est simplement un véhicule pour arriver à conscientiser nos populations sur les joies de l’appartenance à un milieu naturel, mais aussi simplement d’être dehors, ce qui manque souvent dans nos communautés. »

D’après le Centre for Research on Environment, Society and Health, un centre de recherche virtuel des universités d’Edinburgh et de Glasgow, d’être dans des espaces verts peut aider les gens aux prises avec de l’anxiété ou d’autres troubles mentaux, assister dans la réduction de l’hypertension et même aider à la récupération post-chirurgie. Donc, même si ce n’était que sur cette base, beaucoup plus d’efforts devraient être fait pour favoriser et encourager la participation des personnes NAME aux activités de plein air.

Marcus Brown, l’un des autres membres fondateurs des BTR, croit qu’il doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour encourager les gens qui, à priori, ne croient pas que les espaces de plein air sont pour eux, à sortir et explorer, en les convaincant qu’ils ont tous les droits d’y être.

« De nos diverses discussions avec les communautés de course à pied noires, nous avons compris que les personnes racisées ne se sentaient pas confortables dans les espaces de plein air, » explique-t-il. « Donc, dans cette optique, comment est-ce que je peux utiliser ma voix pour aider à amplifier ces expériences et changer les discours? Peu importe la distance ou le terrain sur lequel on court, je veux vraiment mettre l’accent sur le fait que d’être dehors et de partager un espace est un droit pour tous. »

Il y a un ancien proverbe chinois qui dit : « Le meilleur moment pour planter un arbre était il y a 20 ans. Le deuxième meilleur est maintenant. » La lutte contre le racisme est une bataille qui fait rage depuis des générations, mais les douze derniers mois ont ravivé la flamme. Pour Marcus, Phil et les autres qui se sont rassemblés pour former les Black Trail Runners, plusieurs raisons ont fait en sorte que 2020 était l’année idéale pour lancer le projet.

« L’élément central à la création des Black Trail Runners, pour la majorité d’entre nous, a été les événements de l’été dernier : l’assassinat de George Floyd et la montée du mouvement Black Lives Matter, » confie Phil. « Comme pour beaucoup de gens, autant des Noirs que des blancs, la mort de Floyd a été, pour nous, la goutte qui a fait déborder le vase. La pandémie mondiale de la Covid-19 nous a permis d’affuter nos réflexions dans une sorte de quête existentielle mondiale. Pour la communauté noire, c’était une sorte de cri de ralliement, ces derniers souffles ont été un appel, un plaidoyer pour la mobilisation.
Nous n’avons que rarement eu l’opportunité ou la plateforme pour exceller donc, partout dans le monde, nos communautés ont décidé qu’il était temps de créer des mouvements, mais selon nos propres besoins, et selon notre propre vision. »
Quand il est question des objectifs et de la vision de Phil, Marcus et des autres membres des BTR, la réponse est simple, mais aussi profondément complexe.

« Ma vision à long terme est de faire en sorte que tous sentent qu’ils ont droit d’être dans ces grands espaces extérieurs, » dit Marcus, « et que nous puissions ainsi en arriver au point auquel notre groupe ne sera plus nécessaire parce que notre présence dans ces espaces sera régulière, normalisée. Donc, quand les personnes racisées seront à leur place dans le monde du plein air. »

« Mais tout ça apporte son lot de confusion. On croit que c’est une question d’accès, qu’il est question de la capacité à se rendre à des courses ou d’aller vers ces espaces – ce qui est possible, après tout. ‘Oui’, c’est vrai, il n’y a pas de mesures gouvernementales qui nous en empêchent. Mais plusieurs personnes ne se sentent pas confortable de le faire, simplement parce qu’elles n’y voient pas d’autres personnes racisées leur ressemblant. »

« Je vous mettrais au défi, par exemple, de regarder le monde du ski. Combien de personnes noires vous y voyez, skiant ou dans des publicités? Combien de personnes noires voyez-vous dans ce grand monde du plein air, de la grimpe jusqu’au camping, par exemple? L’effet réel est que, pour plusieurs jeunes issus de communautés racisées ou noires, ils grandiront en voyant des images dans les magazines leur disant que cet espace n’est pas le leur. C’est quelque chose qui est difficile à comprendre si on n’est pas racisé. Parce que si on est blanc, on grandit en voyant des personnes blanches faire la majorité de ces activités, c’est donc au moins un petit peu plus facile de s’y retrouver, simplement grâce à ce cadre de référence. »

Il a raison : dans mon expérience, dès qu’il est question de course en sentier, je me vois : un homme, blanc, aisé. Ça fait du sens que les sentiers soient pour moi. De l’autre côté, c’est difficile, mais pas impossible, d’imaginer le scénario où je ressortirais du lot, ou bien où je ne serais pas le bienvenu. Mais l’imagination, au final, c’est ce qui m’occupe lors de mes sorties de course (ou autres activités) en plein air.

En même temps, l’idée que les sentiers « soient à quelqu’un » me semble un peu ridicule, voir grotesque. Surtout lorsque cette appartenance se joue sur la couleur de peau. Dévaler un flanc de montagne, de courser entre les arbres, de sauter des racines ou glisser sous les branchages, ça devrait être à tous, pour tous.

Donc, la question à poser; que peut-on faire pour réaliser cette vision?

Pour les fondateurs des BTR, il est question de mener par l’exemple. Phil confie qu’il a « une relation on/off avec la course à pied, » surtout pour cause de la condition de ses genoux, usés par des années de sports, qui limitent le volume de course qu’il peut réellement faire. Marcus, de l’autre côté, porte son attention surtout à la course sur route, cherchant à l’amélioration de son temps au marathon. Mais pour les deux, les sentiers sont un refuge où ils s’adonnent à leur sport régulièrement – menant par l’exemple.

Les BTR travaillent aussi auprès des officiels du monde de la course en sentier pour réaliser leur vision.

« Nous travaillons avec des marques, avec des promoteurs de courses et d’événements, des médias et autres organisations, pour partager notre expérience, » explique Phil, « avec la vision de les supporter dans leurs efforts pour avoir plus de diversité et d’inclusivité sur les sentiers, et les organisations qui les maintiennent. »

Toutefois, la réalité est qu’il y a un poids historique assez important pesant sur l’appréhension des communautés NAME au R-U, et les communautés racisées et autochtones aux États-Unis, face au monde du plein air.

« Le manque de diversité sur les sentiers est une réflexion directe de nos sociétés, et un résultat de la façon dont les personnes racisées sont représentées tout en n’étant qu’une sorte d’arrière-pensée dans l’histoire britannique, » dit Phil. « Il y a des injustices systémiques que nous, en tant que nation, devons absolument confronter. Nous faisons notre propre petit bout de chemin dans notre petite communauté sportive, mais tant qu’on ne s’attaque pas aux problèmes sous-jacents plus larges, la bataille sera difficile. »

Je crois que nous tous – c’est à dire nous, coureurs de toutes catégories, partout – avons à lutter contre le racisme à deux niveaux. Il y a d’abord ces actions immédiates, locales, auxquelles nous devons nous rallier. Les BTR en sont un exemple direct. Mais au-delà de ça, il y a ces attitudes racistes qui sont imprégnées au cœur même de nos vies que nous devons absolument reconnaître, déconstruire, et éventuellement défaire. Ce ne sera assurément pas facile. Mais le racisme doit absolument être mis en échec. Et nous en sommes tous responsables, histoire qu’un jour, la course en sentier – comme tout autre aspect de nos vies – soit accessible à tous.

« Peu importe la distance ou le terrain sur lequel on court, je veux vraiment mettre l’accent sur le fait que d’être dehors et de partager un espace est un droit pour tous. » – Marcus Brown

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simon freeman