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don't stop me now

don’t stop me now

don’t stop me now
C’est un sourire radieux qui m’accueille ce matin de la mi-février, quand je connecte avec Mikah Meyer (sur Zoom, bien entendu). L’air juvénile du jeune homme de 34 ans s’impose d’une chevelure d’un blond clair, courte sur les côtés, taillée sur le dessus. Il porte un manteau d’un vert lime éclatant (ou du moins, c’est ce que je voyais à l’écran) par-dessus un t-shirt noir, m’appelant d’un petit hôtel à Oxford, au Mississippi. Derrière sa tête et ses épaules, les murs blancs de la chambre et la lampe de chevet encadrent Mikah et sa bouteille de plastique bleue arborant l’autocollant à l’effigie de l’arbre arc-en-ciel de la Outside Safe Space, le logo d’un programme en ligne qu’il a créé pour supporter, et faire progresser la représentation des gens de la communauté LGBTQI+ « dans le monde du plein air et dans les milieux ruraux ».


Le dernier rapport du FBI sur les crimes haineux montre une augmentation dans les attaques anti-LGBTQ*

« [Le] rapport montre que les crimes haineux basés sur l’orientation sexuelle représentent 16.7% des crimes haineux, soit la troisième catégorie en importance après la race et la religion. Le rapport montre aussi une légère hausse dans les crimes haineux à l’égard des identités de genre, augmentant de 2.2% en 2018 à 2.7% en 2019 ».

*Manchette de la Human Rights Campaign, 20 novembre 2020.


Mikah, qui est né à Lincoln au Nebraska et habite maintenant le Minnesota, en est – au moment de notre conversation – au 18ième jour d’une course (respectant les normes COVID) à travers l’état du Mississippi pour promouvoir la Outside Safe Space, et, plus généralement, pour être une présence queer positive et visible. Le tout n’est partagé qu’à travers son profil Instagram. Au même moment, hors de sa chambre d’hôtel, les états du sud font face à l’un des plus rudes hivers jamais enregistrés, marqué par plusieurs pannes d’électricité.

« Je m’y remets dans environ deux heures » me dit Mikah, « Nous attendons que la neige s’arrête un peu. » Ayant planifié le tout avec un climat du sud un peu plus clément en tête, il me dit à la blague qu’au même moment, son Minnesota de résidence – où la neige est normale à ce temps-ci de l’année – « … lui dit ‘ah ouais, tu veux me fuir pour l’hiver? Boom.’ » La journée précédente, Mikah a couru dans de la neige comme il n’en avait jamais vu.
parcs et loisirs
S’identifiant comme un « Out Adventurer », Mikah a d’abord commencé par se bâtir une réputation et des supporteurs sur les médias sociaux en devenant la première personne à visiter tous les 419 parcs nationaux [des États-Unis] en un seul voyage continu. Cette aventure lui aura pris 3 ans à compléter, de 2016 à 2019, et à l’âge mur de 32 ans, lui aura permis d’avoir ses premières expériences de course à pied.

« J’en étais à la deuxième année de mon épopée de trois ans quand j’ai visité mon docteur, et qu’il m’a dit ‘si tu prends encore cinq livres, tu auras passé le seuil du surpoids médical pour ta taille.’ Toute cette nourriture de mauvaise qualité que je mangeais en vivant dans mon van, et le fait que je passais mon temps assis à conduire, ou à écrire des billets de blog en ligne dans des bibliothèques, ça finissait par me rattraper.
« alors, j’ai tenté de trouver quoi faire pour me maintenir en forme sur la route, et la seule activité que je pouvais vraiment faire n’importe où, c’était la course. »
« J’étais à Anchorage en Alaska, et je me suis dis, ‘Bon, c’est le temps de s’y mettre!’ J’ai mis la pièce Heart to Break de Kim Petra – qui était récente, à l’époque – et j’ai couru autour du bloc. »

Ce défi des parcs nationaux que s’était donné Mikah aura aussi été l’origine de ses réflexions autour de la Outside Safe Space. Il a réalisé à plusieurs reprises que sur la route, des gens qui avaient été autrement accueillants et sympathiques, commençaient à le traiter différemment en apprenant qu’il était gai.

« Un exemple vraiment révélateur de cette situation est que mon projet des parcs était sponsorisé par une organisation de plein air pour la première année et demi. Autour de ce moment, je commençais à être beaucoup plus vocal et visible sur le fait que j’étais gai – par exemple en prenant des photos avec un drapeau arc-en-ciel devant des endroits naturels emblématiques. »
« après avoir fait ça, par contre, l’organisation m’a appelé – tout en m’envoyant une notice écrite – pour me dire qu’elle cessait immédiatement notre contrat de collaboration sur la base que je faisais ‘trop de promotion de la cause LGBT’. »
« En plus de ça, nous avons eu droit à tout, allant de ceux qui nous rappelaient toujours à mon copain et moi de ne pas ‘toujours leur remettre ça en pleine gueule’ quand nous nous tenions par la main sur les sentiers, jusqu’à avoir des marques majeures qui me disent, lors d’une convention de détaillants de plein air, qu’ils ne pouvaient pas faire de marketing inclusif pour la communauté LGBTQ parce que c’était trop ‘politiquement risqué’. »

Cette expérience était partagée par d’autres personnes s’identifiant LGBTQI+ qu’il a eu l’opportunité de rencontrer lors de son périple – incluant des gardes de parcs nationaux :
« j’ai eu tous ces témoignages de gens qui ont vécu des histoires similaires à la mienne, alors ça m’a poussé à me questionner sur comment je pouvais les aider. »
à l’intersection
C’était en mars 2020, alors que la Covid-19 s’imposait un peu partout dans le monde, que la course reprend sa place salvatrice dans la vie de Mikah. Au même moment, son désir de faire le bien autour de lui prenait aussi sa place.

« Au Minnesota, on nous disait, en gros, de ne pas sortir de chez nous du tout – sauf pour aller chez le docteur, à l’épicerie ou pour faire de l’exercice en solo. Lors de la première semaine, je restais éveillé jusqu’à 5h du matin, à écouter Netflix et me gaver de cette bouffe de merde qui te gratifie sur le moment, mais te laisse sur ta faim par la suite. Après une semaine de ça, je devenais fou… Je n’avais pas vraiment couru de l’hiver parce que je m’étais blessé, et parce qu’il faisait vraiment froid et que tout était glacé, mais comme ça commençait à fondre, je me suis dit, ‘je dois sortir de mon appartement – je vais aller courir.’ »

Comme tant d’autres dans la même situation depuis le confinement quasi-mondial, Mikah a vraiment découvert les bénéfices de la course sur sa santé mentale. « C’était tellement positif. Dans un monde qui devenait hors de contrôle, je pouvais contrôler ma cadence, ma respiration, mon trajet. C’était la seule chose à laquelle je m’accrochais au jour le jour. En dedans de deux semaines, je courrais 15 miles en une sortie, et je n’avais jamais autant couru de toute ma vie. »

Deux mois après le retour de Mikah à la course, George Floyd, 46 ans, était assassiné par un officier de police blanc au centre-ville de Minneapolis.

« Tout ça s’est passé à quelques miles seulement d’où j’habite, alors, à partir de ce moment, lors de mes sorties de course journalières, je voyais de nouvelles murales partout et des manifestations, et les gens demandaient : ‘À toutes les personnes blanches; qu’allez-vous faire pour réparer ce monde que vous avez créé de cette façon, et le rendre meilleur?’»
« à chaque soir, après mes sorties de course, je réfléchissais, et me demandais comment je pouvais œuvrer à rendre ce monde plus équitable? »
« C’est à ce moment que la Outside Safe Space a été créée », et, clarifie Mikah, « c’est pour ça que le tronc de l’arbre du logo représente plusieurs variances de couleurs de peau, parce que, comme le Progress Pride Flag [qui est une évolution du Philadelphia Pride Flag], je voulais spécifiquement établir que peu importe la couleur de peau, tous font partie de cette communauté. »
je suis un coureur sur route, chéri
Partant du constat qu’une aventure de plein air épique est excellente pour porter l’attention sur un sujet particulier – mais en considération des restrictions au voyage – Mikah s’est dit « j’ai couru pas mal dernièrement – alors peut-être que je devrais simplement courir à travers le Minnesota! » Et c’est précisément ce qu’il a fait. Mais pour lui, ce n’était pas suffisant.

« J’en étais à la moitié de ma course à travers le Minnesota, et je recevais des messages de gens me félicitant, disant que c’était impressionnant, que tout ça faisait du sens. Beaucoup de gens me disaient, ‘je suis une/un alliée et je fais de mon mieux pour trouver des façons de rendre le monde du plein air plus accueillant pour les personnes queer, mais ce n’est pas toujours simple.’ C’est pourquoi avec la Outside Safe Space, tout est plus simple, on n’a qu’à accrocher une petite épinglette à son chandail, son sac à dos ou un chapeau, et on n’a pas à dire un seul mot, » ce qui, dit-il à la blague, est parfait pour le côté passif-agressif des gens du Minnesota.

« J’espérais que [la course à travers le Minnesota] prenne son envol et devienne virale mais… ça n’a pas levé. Je veux dire, tout s’est bien déroulé, mais ça n’a pas eu le succès escompté. Je devais continuer de faire plus de conscientisation directement dans le monde du plein air pour faire connaître ce nouveau programme. Alors, je me suis dit, ‘je sais que je peux physiquement le faire, et comme on ne peut pas sortir des États-Unis vu la pandémie, alors je vais simplement aller courir à travers un autre état! ».

Mikah a décidé de courir à travers le Mississippi après avoir publié un sondage informel sur son compte Instagram (où il a présentement plus de 66000 abonnés).
« C’est à ce moment que j’ai demandé à mes abonnés : ‘Quel est l’état le plus homophobe? Où est-ce que ce message est le plus nécessaire?’ »
« Et ce qui a été le plus utile, c’est quand une personne se disant bénévole pour la ligne d’urgence du Trevor Project, a partagé, de façon anecdotique, que la majorité de ses appels venaient soit de la Floride ou du Mississippi. Alors, j’avais toutes les raisons dont j’avais besoin. Oui, [le Mississippi] a été voté l’état le plus homophobe, mais c’est aussi tout près de Memphis. J’y ai habité, donc j’ai un réseau de support là-bas. »

Quand Mikah a révélé à ses amis qu’il allait courir à travers cet état du « Deep South » – reconnu pour sa musique, ses magnolias et sa participation dans la Guerre Civile – ils n’étaient pas tous aussi convaincus. « Ouais, à peu près la moitié d’entre eux disaient ‘s’il-te-plait ne fait pas ça, tu vas te faire tuer,’ » explique-t-il. « Le Mississippi a cette réputation de ne pas être très accueillant pour les gens s’identifiant queer. »

Des itinéraires ont été dessinés, des hôtels ont été réservés, on a aussi engagé photographes et vidéaste – plus spécifiquement, Derek Dodge (CNN, Discovery et MTV) qui allait filmer la course en entier.
chagrin du mississippi
« J’ai comme le sentiment que nous ne sommes plus au Kansas, » écrit Mikah dans une de ses publications sur Instagram, alors que l’équipe longeait le fleuve Mississippi vers le sud et « l’état des magnolias », de son surnom.

« En traversant la frontière, on note tout de suite les drapeaux confédérés un peu partout, sans oublier que le Mississippi est aussi l’état le plus pauvre du pays en fonction du revenu. On y voit pas mal de chiens errants, des routes en mauvais état. Présentement, je cours sur des routes qui n’ont pas d’accotement, c’est de la terre et des cailloux. Mes pieds glissent, mais je ne peux pas aller sur route car il n’y a pas d’espace entre les voitures et moi. Alors, culturellement et logistiquement, c’est pas mal plus épeurant pour moi. »

À maintenant un peu plus de la moitié de son défi de course, je lui demande ce qui l’a le plus surpris. « Je croyais qu’il y aurait plus d’homophobie directe – des gens m’insultant gratuitement, me lançant des trucs – et je n’ai pas eu l’expérience de ça du tout. L’homophobie est restée plutôt silencieuse. »

« Par exemple, sur la pancarte indiquant ‘Bienvenue au Mississippi’, on peut lire ‘Lieu de naissance de la musique américaine’ parce qu’en fait, leur plus grosse attraction touristique est le lieu de naissance d’Elvis. J’y ai couru en me disant, ‘c’est un état pas mal pauvre, je suis rédacteur de voyage, je peux les aider et essayer de leur ramener des visiteurs.’ Alors, nous y sommes passé un lundi pour voir de quoi ça avait l’air. Le mardi, j’y suis passé en courant et nous avons pris des photos et vidéos pour leur faire de la promo. Le jour suivant, le mercredi, j’y reviens, et les employés sortent en criant ‘vous ne pouvez pas être ici, vous ne pouvez pas filmer ici. Allez-vous-en!’ »

« J’imagine qu’ils sont tombés sur ma page, qu’ils ont vu que j’étais gai, et ce sont dit ‘ah non!’ Et c’est à ce genre d’homophobie silencieuse que les personnes s’identifiant comme queer doivent faire face. C’est ça qui est le plus difficile. J’ai rencontré des gens ici qui m’ont partagé leur identité, leur réalité d’avoir une/un partenaire, mais de ne pas pouvoir le dire publiquement par peur de représailles comme perdre leur emploi et leur communauté. »

« Ça me brise le cœur, car j’ai la chance de vivre dans une ville qui offre beaucoup de protections légales aux personnes queer, et mes amis et moi, nous sommes totalement ‘out’. Nous allons dans les clubs hétéros en ville, et les gens sont content que nous soyons là. De réaliser qu’autant de gens vivent toujours dans le secret – dans le même pays que moi – et ne peuvent être qui ils sont réellement à cause de la culture dans laquelle ils vivent, ça me brise le cœur. »
en suivant la rivière
Avec un peu de recul sur les réussites de Mikah ces dernières années, on se demande ce que son objectif ultime était – quel serait le résultat rêvé? Comment ses efforts et son épopée pour une meilleure représentation peut-elle aider la communauté LGBTQI+ au sens large?
« j’aimerais simplement que tous les américains, et n’importe qui d’autres dans le monde en fait, puissent réellement être libre d’être qui ils sont, comme je le suis moi-même à minneapolis. »
« L’une des raisons pour lesquelles j’y ai déménagé – après avoir littéralement visité chaque état et chaque territoire de notre pays – c’est parce qu’au final, je sentais que c’était là que je pouvais réellement être moi-même. »

Une fois qu’il aura complété son aventure à la course, le 28 février (si la neige le permet), Mikah veut se rendre à Jackson, la capitale de l’état, pour parler avec les leaders de la communauté queer locale. Il a aussi pris contact avec le bureau du Gouverneur, et a tenté de rejoindre des « politiciens locaux reconnus comme anti-gais » pour leur demander s’ils accepteraient de parler avec lui de la condition des personnes LGBTQI+ vivant au Mississippi.

« Je ne suis pas ici pour crier après eux. Je veux seulement entendre leur perspective, » clarifie-t-il. « Et, je crois que c’est vraiment le moment parce que deux projets de loi en sont à être votés à la législature – l’un d’entre eux affecte la participation sportive des jeunes personnes trans, et l’autre s’adresse aux soins de santé. Mais encore, ça me brise le cœur parce qu’au Minnesota – littéralement à l’autre bout du fleuve Mississippi – nous sommes en train d’améliorer l’accès aux soins de santé pour les personnes trans, et nous faisons des lois améliorant la protection des gens. C’est comme si nous allions dans une direction, mais qu’à l’autre bout du fleuve, ils vont dans la direction opposée. »
terrains d’entente
Comme il a été très clair tout au long de notre appel, et comme Mikah le résume:
« Selon d’où on vient aux États-Unis, l’expérience vécue d’être queer peut être radicalement différente. »
Et encore, il faut ajouter que les membres de la communauté LGBTQI+ ne sont pas tous aussi bien représentés, incluant notamment les personnes queer et trans de couleur.

Alors que notre appel arrive à sa fin – avec la neige qui se calme – la conversation prend un tournant sur le thème de la course comme sport et communauté choisis par Mikah pour ses efforts de conscientisation sur les défis vécus par les personnes queer dans le monde du plein air et les milieux ruraux des États-Unis.

« L’une de mes réflexions avec l’aventure des parcs nationaux, était que [nos parcs] représentent quelque chose que la majorité des environnementalistes libéraux, tout comme mon cousin – qui croit pouvoir ‘guérir’ les gais par la prière – aiment. Ainsi, c’était une façon pour moi de connecter avec les gens qui croient ne pas pouvoir connecter en aucun point avec un homme gai. »

« Ce qui est cool avec la course, c’est que c’est tellement un sport universel que quelqu’un peut me voir courir et, sans même penser consciemment ‘ah, et bien j’apprécie les gais maintenant,’ l’effet reste que l’expérience va commencer à effriter leurs préjugés quand ils vont me voir établir un nouveau record en courant à travers leur état. » Et dans un costume de licorne, en plus.

Pour plus d’informations, visitez mikahmeyer.com/runacrossms. Suivez Mikah sur Instagram @mikahmey et Outside Safe Space @outsidesafespace.


*La Run Across Mississippi a été possible avec le support des Partenaire de Mikah, Eddie Bauer, Schwinn Bikes et Brooks Running, dont Mikah a utilisé le matériel tout au long du projet, ainsi qu’avec l’aide de toutes personnes ayant supporté la Outside Safe Space.
about the author
danielle mustarde